Interview de Grégoire Mercier

  • Bonjour Grégoire. Tu es Fondateur et CEO chez Addict Mobile. Peux-tu présenter ton parcours en quelques mots ?

Bonjour ! Après une formation en école de commerce, j’ai travaillé 6 ans chez Gameloft, où je supervisais la division User Acquisition & Monetization. J’ai pu gérer des budgets d’achat media mobiles de plusieurs millions de dollars à travers le monde, sur un portefeuille de plus de 15 jeux freemium sur iOS et Android. J’ai quitté la société en 2012 pour fonder Mob In Life, un studio de jeux mobiles, avec 3 amis, puis Addict Mobile en 2015.

  • Quel est le concept d’Addict Mobile ?

Addict Mobile est spécialisé en promotion d’applications et de sites web mobiles. Nous gérons des budgets publicitaires avec pour objectif d’afficher des publicités sur diverses apps et sites web mobiles. Le but étant de générer du trafic sur les apps/sites de nos annonceurs. Nous utilisons, ensuite, des technologies dédiées afin d’optimiser l’affichage publicitaire et la gestion de ces campagnes, en fonction de l’usage des utilisateurs que nous trackons.

Concrètement, nous concentrons nos investissements sur les utilisateurs et les sources qui génèrent les meilleurs taux d’usage pour nos clients. 

  • Avant Addict Mobile, il y avait Mob In Life, un studio de création de jeu mobile, pourquoi avoir créé une nouvelle entreprise ? Comment as-tu eu l’idée d’une technologie d’achat média (adTech) ?

Mes associés et moi-même souhaitions, au début, développer un studio de développement d’apps, et notamment de jeux. Mais, en essayant de gérer nous-mêmes le marketing pour nos propres apps, et en côtoyant d’autres start-upers, nous nous sommes rapidement rendu compte de la difficulté de promouvoir de manière efficace une app, un service, sur mobile.

Le marché est très fragmenté, les technologies sont différentes entre le desktop et le mobile, il y a beaucoup de fraude, et le marketing peut couter très cher quand on ne connait pas ce marché.

Nous avons alors commencé à développer une technologie, en interne, pour nous aider à mieux promouvoir nos apps, et avons réalisé qu’elle pouvait être utilisée pour des sociétés externes. Nous avons assez rapidement signé des premiers clients qui ont été très satisfaits de nos services et nous avons réalisé le potentiel que nous pouvions avoir sur ce marché. Se concentrer sur le marketing, plutôt que sur le développement est donc venu naturellement. En effet, nous avons donc décidé de nous spécialiser sur ce marché puisqu’il présentait une forte demande en technologies dédiées rentabilité.

  • Quelle a été la plus grosse difficulté du pivot entre Mob In Life & Addict Mobile ?  Mob In Life a fermé ?

Pendant quasiment un an et demi nous avons continué à gérer les deux activités de front. Une partie des équipes se concentraient sur le développement de nos apps. L’autre partie sur le marketing. Et cette seconde division de l’entreprise a connu une forte croissance, et a donc nécessité une très grande attention de notre part.

Le plus compliqué est de réussir à rester focus sur chaque activité individuelle, alors qu’elles sont très différentes intrinsèquement :

  • Une temporalité différente : une année de production pour un jeu pendant laquelle on ne touche aucun revenu, versus une activité de service qui peut générer des revenus plus rapidement
  • Des équipes différentes
  • Une cible différente : B2C versus B2B

C’est déjà, par définition, compliqué de développer une société, mais en développer deux en parallèle représente vraiment un énorme challenge. Nous avons, partiellement, réussi à tenir le rythme car nous étions quatre associés et pouvions nous séparer les tâches et les activités. Mais, le modèle a finalement potentiellement trouvé sa limite puisque nous avons finalement préféré arrêter une des deux (Mob In Life), pour nous concentrer sur l’autre (Addict).

  • Au contraire, qu’est ce qui t’as paru évident ? 

Autant les deux business models d’entreprise sont très différents (production d’apps VS marketing mobile), autant les deux activités étaient, au final, très synergiques et se répondaient l’une l’autre. Nous avons su comprendre et analyser les besoins des annonceurs :

  • Leur besoin de rentabilité sur les campagnes marketing
  • Ce que représente l’intégration de technologies tierces au sein de leur app (coût de développement pour intégrer un SDK, etc.)
  • Leurs besoins spécifiques sur les reportings, sur la compréhension des résultats et des optimisations à mener.

C’est parce que nous appréhendons parfaitement les besoins des développeurs d’apps, que nous avons réussi à développer des technologies répondant réellement à leurs besoins et donc à fournir un produit pertinent sur le marché, traitant le sujet du marketing mobile de manière très différente de ce qui se faisait jusqu’à présent

Cette dimension complémentaire m’a toujours semblé couler de source et nous a rendus plus forts, d’un côté comme de l’autre.

  • Quelle était la stratégie de base d’Addict Mobile ? Est-elle toujours la même ?

Addict Mobile traite d’un sujet que d’autres sociétés abordent déjà – le marketing digital – mais de manière très spécifique. Nos mots clefs sont : rentabilité, transparence, scalabilité (c’est-à-dire: volume de trafic important) et bien sûr : spécialisation mobile, afin d’être les meilleurs sur ce sujet qui est, en soit, très différent du desktop.

Notre stratégie a donc toujours été, et reste, de consolider notre technologie pour répondre à ces critères et délivrer les meilleures performances du marché à nos clients sur le maximum possible de sources d’acquisition. Et, toujours de manière rassurante pour nos clients: par exemple, via un dashboard en ligne permettant de suivre l’intégralité des campagnes dans le détail en temps réel. 

  • Ton plus gros succès ?

Sur Mob In Life, avoir généré plus de 4 millions de téléchargements sur notre 1er jeu – Phone Fight – et rendre ce premier projet ambitieux rentable, ce qui est très compliqué sur le marché du jeu vidéo, où la plupart des jeux ne rencontrent pas le succès financier. Même si l’aventure Mob In Life s’est arrêtée au bout de 4 ans, je suis heureux que nous ayons réussi à lancer des apps qui ont rencontré un public, et ont prouvé avoir un modèle économique viable.

Sur Addict, être devenu un des leaders du marché adTech mobile francais en 1 an est, en soi, pour moi déjà formidable. Je ne m’attendais pas à recevoir un tel accueil de la part du marché, ni que nous pourrions croître aussi rapidement. Nous sommes désormais plus de 35 personnes chez Addict, contre moins d’une dizaine il y a 1 an, et avec une dizaine de postes ouverts… je dirais que c’est déjà un beau succès !

  • Vos prochains challenges/projets ?

3 sujets clefs:

Pour commencer, continuer à renforcer notre technologie pour continuer à délivrer les meilleures performances du marché. Nous avons plusieurs postes ouvert en développement et souhaitons continuer à faire grandir nos équipes techniques.

Ensuite, nous voulons asseoir notre position en France. Notre croissance a été très forte, et nous travaillons déjà avec plusieurs sociétés d’envergure (Blablacar, Vente-Privée, TF1…), mais Addict Mobile étant une société récente, nous désirons renforcer notre image de marque en France et gagner en réputation.

Dernier point clef = l’international. Nous avons déjà des clients en Asie et aux Etats-Unis, mais nous avons seulement des bureaux en France actuellement. Nous réfléchissons à la meilleure manière de nous déployer à l’étranger, pour réussir à commercialiser nos technos dans d’autres pays. Notre croissance a été très rapide en France, et nous sentons que d’autres pays peuvent être susceptibles d’être intéressés par ce que nous proposons également. Mais, sortir de son marché domestique est toujours une étape critique qu’il faut bien maitriser. 

  • Quels conseils donnerais-tu à des jeunes créateurs d’entreprise qui se lancent dans le mobile ?

Pour moi, être entouré de gens qui connaissent leur domaine de responsabilité est très important. Notamment sur mobile, il est facile de croire qu’on peut fournir un service / une app qui rencontrera un succès important et un déploiement mondial rapide. Le succès semble à portée de main, car nous avons tous en tête des exemples de sociétés qui sont devenues très populaires – apparemment très rapidement (Rovio avec Angry Birds, Whatsapp, Tinder, etc.). C’est oublier le travail et les galères qu’ont subi ces gens auparavant. Pour maximiser ses chances d’émerger aujourd’hui, il faut, autant que possible, être entouré de gens solides, et complémentaires sur différents sujets (marketing, développement, etc.)

Je recommanderais aussi d’adopter autant que possible une démarche “lean”, c’est à dire: lancer un produit / un service aussi vite que possible sur le marché, pour tester la réaction des utilisateurs, et optimiser alors en fonction de leur retour. Il est très difficile d’imaginer en amont ce qui marchera ou pas. Il est donc souvent plus efficace de récolter rapidement des retours sur un produit imparfait, pour ensuite l’améliorer.

Dernière recommandation : les deadlines de projets techniques sont bien souvent non tenues. C’est très compliqué en amont de prévoir le temps que prendra le développement d’une app, ou de nouvelles fonctionnalités. Donc quand vous prévoyez un planning pour votre projet, n’hésitez pas à être extrêmement conservateur sur le planning pour parer à toute éventualité de retard. Il serait fâcheux de vous retrouver à court de trésorerie en plein milieu du développement de votre produit car celui-ci prend deux fois plus de temps que prévu à être développé.


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s